Comprendre les délais de prescription en Ontario : règles claires, exceptions et exemples concrets

Résumé : Comprendre les délais de prescription en Ontario : règle de base de deux ans, délai maximal de quinze ans, principales exceptions, découverte du fait, suspension des délais et exemples concrets expliqués.

Les délais de prescription fixent les dates limites pour intenter une action en justice en Ontario. Si vous ne respectez pas ce délai, vous risquez de perdre votre droit d’intenter une action, même si votre dossier est solide. Il est essentiel de bien comprendre les délais de prescription, que vous envisagiez d’intenter une action en justice, de répondre à une lettre de mise en demeure ou de négocier une dette. Ce guide explique la règle de base de deux ans en vigueur en Ontario, le délai ultime de 15 ans, les principales exceptions, comment le délai commence à courir et s’interrompt, ainsi que ce que tout cela signifie concrètement.

Quels sont les délais de prescription en Ontario ?

Les délais de prescription sont des délais légaux à respecter pour engager une procédure judiciaire. En Ontario, ces règles sont principalement énoncées dans la Loi de 2002 sur la prescription. Elles favorisent l’équité en garantissant que les litiges soient portés devant les tribunaux tant que les preuves sont encore raisonnablement récentes et disponibles.

En termes simples : si vous attendez trop longtemps avant d’intenter une action, un tribunal peut rejeter votre affaire pour cause de prescription. Il en va de même pour les créanciers qui intentent une action en justice pour des dettes anciennes.

Pour un aperçu de la loi rédigé en langage simple, consultez notre guide sur la loi ontarienne relative à la prescription ainsi que notre fiche explicative sur la loi relative à la prescription en Ontario. Vous pouvez également consulter notre résumé des délais de prescription en Ontario.

Pourquoi les délais de prescription sont-ils importants ?

Les délais de prescription ont une incidence sur des situations de la vie quotidienne, notamment :

  • Demandes d’indemnisation pour préjudice corporel ou dommages matériels
  • Litiges contractuels (par exemple, contrats de rénovation, contrats de prestation de services)
  • Procédures judiciaires en recouvrement de créances liées à des prêts, des cartes de crédit ou des lignes de crédit
  • Réclamations pour faute professionnelle
  • Réclamations à l’encontre d’entreprises ou d’organismes publics soumises à des règles spécifiques

Elles influencent également le déroulement des négociations. Si le délai de prescription approche, une partie peut faire pression pour parvenir à un accord. Si ce délai est dépassé, le défendeur peut disposer d’un moyen de défense solide — même si des reconnaissances écrites ou des paiements partiels peuvent parfois relancer le délai de prescription (voir ci-dessous).

La règle de base des deux ans en Ontario et la possibilité de mise en évidence

En Ontario, le délai de prescription de base est de deux ans. Cependant, ce délai ne commence pas toujours à courir le jour où les faits se sont produits. Il commence en effet à courir lorsque le droit à l’indemnisation est « découvert » — un concept juridique appelé « découvrabilité ».

Le critère de détectabilité

Un motif de réclamation est constaté lorsqu’une personne raisonnable se trouvant dans votre situation sait (ou devrait savoir) :

  • Ils ont subi une perte, une blessure ou un dommage
  • Le préjudice a été causé par l’acte ou l’omission de la personne que vous pourriez poursuivre en justice
  • Le fait qu’une procédure judiciaire constitue un moyen approprié d’obtenir réparation

Dans la pratique, la possibilité de mettre en évidence un problème dépend des circonstances concrètes. Parfois, vous ne vous rendez pas compte tout de suite qu’un problème existe ou que la partie adverse en est responsable. Dans d’autres cas — comme lors d’un accident de voiture —, vous pouvez vous en rendre compte immédiatement.

« Pertinence » d’intenter une action en justice

Un aspect souvent négligé de la procédure de divulgation consiste à déterminer si une action en justice est appropriée. Par exemple, si les parties s’efforcent encore activement de résoudre le problème ou si un contrat vous oblige à recourir d’abord à un mode alternatif de résolution des conflits, une action en justice pourrait ne pas être encore appropriée. Consignez soigneusement vos démarches et les délais respectifs.

Le délai de prescription maximal de 15 ans

Même si la date de découverte est reportée, l’Ontario prévoit un délai de prescription maximal de 15 ans à compter de l’acte ou de l’omission à l’origine du préjudice. Au bout de 15 ans, la plupart des actions en justice ne peuvent plus être intentées, quelle que soit la date à laquelle vous avez découvert le problème. Il existe toutefois d’importantes exceptions, énumérées ci-dessous.

Principales exceptions et règles particulières

Le régime de prescription de l’Ontario comporte des exceptions et des variantes importantes. Parmi les plus courantes, on peut citer :

  • Mineurs (moins de 18 ans) : Le délai de prescription est suspendu tant que la personne est mineure et, en règle générale, jusqu’à la désignation d’un tuteur ad litem.
  • Personnes en situation d’incapacité : si une personne est incapable d’engager une procédure et ne dispose pas d’un tuteur judiciaire, le délai est suspendu.
  • Actions en matière immobilière : les actions visant à récupérer des biens fonciers ainsi que certaines mesures d’exécution hypothécaire sont régies par la loi sur la prescription en matière immobilière (Real Property Limitations Act), qui prévoit souvent des délais plus longs (généralement jusqu’à 10 ans) selon le type d’action.
  • Agressions sexuelles et certaines plaintes pour agression : dans certaines circonstances bien précises, il se peut qu’il n’y ait pas de délai de prescription.
  • Contribution et indemnisation : des règles particulières en matière de délais s’appliquent aux parties qui sollicitent une contribution ou une indemnisation de la part d’autrui ; ces règles sont souvent liées à la date à laquelle elles ont été notifiées ou sont devenues responsables dans le cadre de l’action principale.
  • Actions intentées en vertu d’autres lois ou contrats : certaines lois prévoient des délais spécifiques différents du délai de base de deux ans. Les contrats peuvent également comporter des clauses qui raccourcissent ou allongent les délais de prescription, dans les limites prévues par la loi.

Les exceptions dépendant fortement des circonstances concrètes, il est recommandé d’étudier attentivement la loi et de solliciter un avis juridique adapté à votre situation particulière. Notre guide sur la loi de 2002 relative à la prescription présente les exceptions les plus courantes et explique leur fonctionnement.

Lorsque les délais de prescription sont suspendus (suspension et interruption)

Plusieurs événements peuvent suspendre, prolonger ou réinitialiser les délais de prescription :

  • Reconnaissance écrite ou paiement partiel (dettes) : si un débiteur reconnaît par écrit une dette ou effectue un paiement partiel, le délai de deux ans peut recommencer à courir à compter de la date de cette reconnaissance ou de ce paiement.
  • Incapacité et minorité : comme indiqué précédemment, les délais de prescription peuvent être suspendus lorsqu’une personne est mineure ou dépourvue de capacité juridique et qu’elle n’a pas de tuteur ad litem.
  • Fraude ou dissimulation : lorsque le comportement du défendeur empêche la découverte des éléments, celle-ci peut être reportée jusqu’à ce que la fraude ou la dissimulation soit ou doive être découverte.
  • Accords contractuels de suspension ou de prolongation du délai de prescription : les parties conviennent parfois par écrit de suspendre le délai de prescription pendant la durée des négociations.

Soyez vigilant : toutes les communications ou tous les paiements ne constituent pas nécessairement une reconnaissance. Conservez des copies de toute correspondance, des confirmations de paiement et des discussions relatives au règlement.

L’incidence des délais de prescription sur le recouvrement des créances

Les délais de prescription revêtent une importance particulière en matière de dettes des consommateurs :

  • Une fois le délai de base écoulé, un créancier ne peut généralement plus intenter d’action en justice pour recouvrer cette créance. Il peut toujours tenter de la recouvrer, mais il ne peut obtenir de jugement s’il y a prescription (à moins que vous ne relanciez le délai en reconnaissant la dette ou en effectuant un paiement).
  • Les agences de recouvrement doivent respecter la réglementation provinciale en matière de communications et d’informations à fournir. Pour connaître vos droits lors d’appels de recouvrement, veuillez consulter la réglementation de l’Ontario dans notre guide consacré à la législation relative aux agences de recouvrement en Ontario.
  • Si votre dette est garantie (par exemple, par un véhicule), les droits réels d’un créancier peuvent différer de son droit d’intenter une action en justice. Pour en savoir plus sur les conséquences concrètes, consultez notre guide explicatif sur la législation relative à la reprise de possession en Ontario.

L’Agence de la consommation en matière financière du Canada fournit des conseils au niveau fédéral sur la manière de traiter avec les agents de recouvrement et sur l’incidence que les délais de prescription peuvent avoir sur les actions en justice relatives aux dettes des consommateurs.

Exemples concrets (comment les règles s’appliquent dans la pratique)

Exemple n° 1 : Litige lié à des travaux de rénovation découvert a posteriori

Vous engagez un entrepreneur en mai 2022 pour imperméabiliser votre sous-sol. Au printemps 2023, vous constatez des fuites et découvrez que l’imperméabilisation a été mal réalisée. Une inspection effectuée en juin 2023 vous permet de confirmer que le problème est probablement dû aux travaux de l’entrepreneur. Le délai de deux ans commencerait généralement à courir à partir du moment où une personne raisonnable aurait découvert le défaut et estimé qu’il était justifié d’intenter une action en justice — souvent en juin 2023 dans ce scénario —, ce qui vous laisse jusqu’en juin 2025 pour intenter une action (sous réserve du délai de prescription ultime de 15 ans).

Exemple n° 2 : Dettes de carte de crédit et reconnaissance de dette

Si un créancier n’intente pas d’action en justice dans le délai de deux ans suivant votre dernier défaut de paiement, trois ans plus tard, vous lui envoyez un e-mail dans lequel vous reconnaissez que vous devez toujours le solde et vous lui versez 50 $. Cette reconnaissance écrite et ce paiement peuvent relancer le délai de prescription de deux ans, ce qui permet au créancier d’intenter une action en justice dans les deux ans suivant cette reconnaissance.

Exemple n° 3 : Blessure d’un mineur

Un adolescent de 16 ans est blessé en 2024, mais aucun tuteur chargé de la procédure n’est désigné. Le délai de prescription ne commencera généralement à courir qu’à partir du moment où le mineur aura atteint l’âge de 18 ans (et il convient également de déterminer si un tuteur a été désigné auparavant). Le délai de prescription maximal de 15 ans doit néanmoins faire l’objet d’une attention particulière, tout comme les exceptions légales spécifiques.

Mesures concrètes pour protéger vos droits

  • Consignez les dates et conservez les documents : tenez un calendrier des événements clés, notamment la date à laquelle vous avez soupçonné pour la première fois l’existence d’un problème. Conservez tous les e-mails, courriers, factures et rapports.
  • Tenez compte du facteur « pertinence » : si vous êtes en pleine négociation ou si vous suivez les étapes d’un litige contractuel, notez bien ces dates, car cela peut avoir une incidence sur l’admissibilité des pièces.
  • Méfiez-vous de tout ce qui pourrait relancer le délai de prescription des dettes : une reconnaissance écrite ou un paiement, même minime, peut entraîner la réinitialisation du délai de prescription.
  • Ne vous fiez pas à des suppositions : certaines lois spécifiques (par exemple, celles relatives aux biens immobiliers ou à la diffamation) ou les dispositions contractuelles peuvent modifier les délais.
  • Demandez conseil à un juriste en temps utile : les délais peuvent être impitoyables ; même un retard de quelques jours peut avoir des conséquences.

Si vous êtes confronté à des difficultés liées à l’endettement, la compréhension des délais légaux ne constitue qu’une partie de la solution. Consultez nos guides clairs et pratiques sur le regroupement de dettes au Canada, ainsi qu’un guide complet sur les solutions de gestion de la dette, pour découvrir comment les particuliers parviennent à réduire leurs intérêts, à simplifier leurs paiements et à éviter une escalade juridique.

Les pièges souvent négligés

  • Attendre une « preuve irréfutable » : il n’est pas nécessaire d’avoir une certitude absolue pour que le délai commence à courir ; il suffit d’en savoir suffisamment pour qu’une personne raisonnable envisage d’intenter une action en justice.
  • Malentendu concernant les reconnaissances verbales : en matière de dettes, les reconnaissances doivent généralement être formulées par écrit pour faire repartir le délai de prescription. Ne partez pas du principe qu’un appel téléphonique a le même effet.
  • Ne confondez pas les appels de recouvrement et les procédures judiciaires : les appels de recouvrement ne constituent pas des procédures judiciaires. Cependant, dès qu’une requête est déposée et signifiée, le délai fixé par le tribunal s’applique : ne l’ignorez pas.
  • En partant du principe que tous les recours sont soumis à un délai de deux ans : les recours en matière immobilière, les recours pour agression sexuelle, les recours en contribution ou en indemnisation, ainsi que divers recours prévus par la loi peuvent être soumis à des délais différents.
  • Ne vous fiez pas aux promesses informelles : si les parties conviennent de suspendre le délai pendant les négociations, consignez cet accord par écrit (accord de suspension) en précisant clairement les dates.

Où trouver la législation et des conseils fiables

Pour avoir une vue d’ensemble de vos droits et obligations, consultez des sources fiables :

N’oubliez pas : les questions relatives aux délais de prescription dépendent fortement des circonstances concrètes. Envisagez de consulter un avocat afin d’appliquer ces règles à votre situation particulière.

Conclusion

Pour bien comprendre les délais de prescription en Ontario, il convient de s’appuyer sur trois piliers : le délai de base de deux ans lié à la découverte du fait générateur, le délai maximal de 15 ans, ainsi que les nombreuses exceptions susceptibles de suspendre, de prolonger ou de modifier ces délais. Conservez vos documents, surveillez les dates et soyez vigilant quant aux reconnaissances de dette ou aux paiements susceptibles de relancer le délai de prescription, en particulier en matière de dettes. En cas de doute, demandez conseil à un juriste dès que possible. Agir rapidement est le moyen le plus sûr de préserver vos droits et de prendre des décisions éclairées concernant un règlement à l’amiable, une procédure judiciaire ou des solutions alternatives.

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