Si vous avez pris du retard dans le remboursement d’un prêt sur salaire et que les appels deviennent de plus en plus insistants, vous vous posez peut-être une question : un prêteur sur salaire peut-il réellement vous poursuivre en justice au Canada ? La réponse, brève et honnête, est oui : les prêteurs sur salaire disposent du même droit légal que tout autre créancier de vous poursuivre devant un tribunal civil si vous cessez de payer. Mais intenter une action en justice est rarement leur première option, et vous pouvez prendre plusieurs mesures bien avant qu’une assignation en justice n’arrive dans votre boîte aux lettres.
Ce guide explique le fonctionnement concret de la procédure judiciaire relative aux prêts sur salaire au Canada, ce qui se passe si vous ignorez une action en justice, vos droits en tant qu’emprunteur, ainsi que les solutions concrètes dont vous disposez pour régler votre dette — y compris celles qui permettent de mettre fin à une procédure judiciaire avant même qu’elle ne soit engagée. L’objectif est de vous donner une vision claire de la situation afin que vous puissiez prendre une décision en toute sérénité, plutôt que sous l’emprise de la panique.
Ce qu’implique un procès concernant un prêt sur salaire au Canada
Un prêt sur salaire est un petit prêt à court terme — généralement d’un montant maximal de 1 500 dollars — qui doit être remboursé lors de votre prochaine paie. Chaque province fixe ses propres règles en matière de prêts sur salaire, mais dans la plupart des provinces où une réglementation est en vigueur, le coût est plafonné à 14 dollars par tranche de 100 dollars empruntés, selon l’Agence de la consommation en matière financière du Canada. Lorsqu’un emprunteur manque un paiement, le prêt est considéré comme en défaut de paiement, et le prêteur dispose alors de plusieurs options : tenter de recouvrer lui-même la créance, confier le dossier à une agence de recouvrement ou intenter une action en justice.
Les poursuites judiciaires constituent le dernier recours du prêteur, car aller au tribunal coûte de l’argent et prend du temps. La plupart des cas de défaut de paiement liés aux prêts sur salaire sont traités devant le tribunal des petites créances, où le prêteur demande à un juge de rendre un jugement confirmant que vous êtes redevable de la dette. Une fois ce jugement obtenu, il peut recourir à des mesures de recouvrement plus strictes — le plus souvent la saisie sur salaire ou, dans certaines provinces, le gel d’un compte bancaire.
La législation provinciale limite également le délai dont dispose un prêteur pour intenter une action en justice. En Ontario, par exemple, la Loi sur la prescription accorde aux créanciers un délai de deux ans à compter de la date du dernier paiement ou de la reconnaissance écrite de la dette pour intenter une action en justice. D’autres provinces prévoient des délais similaires. Une fois le délai de prescription écoulé, le prêteur ne peut plus vous poursuivre en justice — même si la dette peut toujours figurer sur votre dossier de crédit.
Avantages et inconvénients d’une saisine de la justice
Certaines personnes pensent qu’ignorer un prêteur sur salaire revient à faire disparaître le problème. Ce n’est pas le cas. Voici ce que vous avez réellement à y gagner — ou à y perdre — en laissant la situation dégénérer jusqu’à une procédure judiciaire :
Qui devrait s’inquiéter — et qui ne devrait pas ?
Tous les prêts sur salaire en souffrance ne se terminent pas nécessairement devant les tribunaux. Les emprunteurs les plus exposés au risque de poursuites judiciaires présentent plusieurs points communs :
- Le solde impayé, majoré des frais, s’élève à environ 500 à 1 000 dollars (les prêteurs intentent rarement des poursuites pour des montants très modestes)
- Vous disposez d’un emploi stable et d’un revenu vérifiable, ce qui rend la saisie-arrêt envisageable pour le prêteur
- Vous avez cessé de répondre aux appels et aux courriers du prêteur ou de l’agence de recouvrement
- Vous êtes encore dans le délai de prescription provincial (généralement de deux ans à compter du dernier versement)
- Vous avez plusieurs prêts sur salaire non remboursés auprès du même prêteur ou de prêteurs affiliés
- Le solde est inférieur à quelques centaines de dollars et ne justifie pas les frais de dossier du prêteur
- Vous n’avez ni revenu, ni emploi, ni biens saisissables — ce que l’on appelle familièrement « à l’abri des saisies judiciaires »
- Le délai de prescription est déjà dépassé
- Vous avez communiqué de manière active et proposé un plan de remboursement, même modeste
- Vous avez déjà déposé une proposition de consommateur ou une demande de mise en faillite, ce qui suspend légalement les poursuites judiciaires
Les implications financières d’un procès concernant un prêt sur salaire
Pour illustrer cela, voici un exemple concret montrant comment un prêt sur salaire impayé de 400 $ peut atteindre des montants exorbitants avant d’être porté devant les tribunaux en Ontario. Ces chiffres sont représentatifs, et non exacts — chaque cas étant différent —, mais ils montrent pourquoi ignorer un prêt sur salaire revient si cher.
Cela représente une augmentation de 64 % sur un petit prêt, avant même que la procédure de saisie-arrêt ne soit engagée. Et dans de nombreuses provinces, les intérêts postérieurs au jugement continuent de courir jusqu’au remboursement intégral de la dette. La bonne nouvelle : la plupart de ces frais disparaissent si vous parvenez à un accord à l’amiable avant que le prêteur n’engage une procédure judiciaire.
Étape par étape : que faire si vous faites l’objet d’une action en justice (ou si vous êtes sur le point de l’être)
Si un prêt sur salaire est en retard de paiement et que vous craignez une procédure judiciaire, voici la marche à suivre. En prenant les bonnes mesures dès le début, vous éviterez presque toujours d’avoir à recourir aux étapes suivantes.
- Vérifiez que la dette est bien réelle et qu’elle n’est pas prescrite. Demandez une preuve écrite du contrat de prêt initial, du solde restant dû et de la date de votre dernier paiement. Si plus de deux ans se sont écoulés (dans la plupart des provinces) sans paiement ni accusé de réception, le prêteur pourrait avoir perdu le droit d’intenter une action en justice.
- Répondez à chaque lettre et à chaque appel. C’est le fait d’ignorer les relances qui conduit le plus souvent à ce qu’une dette débouche sur une action en justice. Dès que vous répondez, même brièvement, les prêteurs préfèrent presque toujours un règlement à l’amiable plutôt qu’une procédure judiciaire. L’Agence de la consommation en matière financière du Canada précise ce que les agents de recouvrement peuvent et ne peuvent pas faire à ce stade.
- Négocier un règlement sous forme de somme forfaitaire ou de versements échelonnés. Proposez de régler 50 à 70 % du solde en un seul versement, ou proposez des mensualités que vous êtes réellement en mesure de respecter. Obtenez tout accord par écrit avant d’envoyer de l’argent. Les services de négociation de dettes peuvent s’en charger à votre place si vous préférez ne pas appeler directement.
- Si vous avez plusieurs dettes, bénéficiez d’un accompagnement gratuit en matière de crédit. Un conseiller en crédit à but non lucratif peut regrouper plusieurs dettes — prêts sur salaire, cartes de crédit, lignes de crédit — en un seul versement mensuel dans le cadre d’un plan de gestion de la dette. Notre guide sur le conseil en crédit vous explique en détail comment cela fonctionne.
- Si vous avez reçu une notification judiciaire, veuillez y répondre avant la date limite. Vous disposez généralement de 20 jours pour déposer une défense devant le tribunal des petites créances. Le non-respect de ce délai entraîne presque toujours un jugement par défaut à votre encontre. Des ressources telles que « Steps to Justice » expliquent comment déposer une réponse.
- Présentez-vous à votre audience. Même si vous n’avez pas les moyens de faire appel à un avocat, les juges sont souvent disposés à mettre en place un échéancier de paiement échelonné lorsque l’emprunteur se présente et fait preuve d’honnêteté quant à sa situation. Ne pas se présenter est la pire chose que vous puissiez faire.
- Si le montant de vos dettes est trop élevé pour permettre une négociation, envisagez de déposer une proposition de consommateur ou de vous déclarer en faillite. Le dépôt de l’une ou l’autre de ces demandes entraîne un sursis automatique aux poursuites, ce qui signifie que les actions en justice, les saisies-arrêts et les appels de recouvrement doivent légalement cesser. Consultez notre guide comparatif entre la faillite et la proposition de consommateur pour déterminer laquelle correspond le mieux à votre situation.
En résumé
Vous craignez d’être poursuivi en justice et vous ne savez pas par où commencer ?
Foire aux questions
Un prêteur de prêt sur salaire peut-il procéder à une saisie-arrêt sur mon salaire au Canada ?
Oui, mais uniquement après qu’il vous ait poursuivi en justice et obtenu un jugement en sa faveur. Un prêteur ne peut pas saisir directement votre salaire sans l’autorisation d’un tribunal. Une fois le jugement rendu, le prêteur peut demander une ordonnance de saisie-salaire, et votre employeur sera tenu par la loi de verser une partie de votre salaire au tribunal (généralement entre 20 et 30 %, selon la province). Les prestations gouvernementales telles que le Régime de pensions du Canada (RPC), la Pension de la vieillesse (PVS) et la plupart des aides financières provinciales sont protégées contre la saisie-salaire.
Puis-je aller en prison si je ne rembourse pas un prêt sur salaire ?
Non. Au Canada, vous ne pouvez pas être incarcéré pour non-paiement d’une dette civile telle qu’un prêt sur salaire. Le défaut de paiement ne constitue pas une infraction pénale. Les seuls recours dont dispose le prêteur sont de nature civile : appels de recouvrement, action en justice, jugement et saisie-arrêt. Si un agent de recouvrement vous menace d’arrestation, d’emprisonnement ou d’expulsion, cela est illégal au regard des règles fédérales et provinciales en matière de recouvrement de créances, et vous devez le signaler au service provincial de la consommation.
Dans quel délai un prêteur sur salaire dispose-t-il pour intenter une action en justice contre moi ?
Chaque province dispose de son propre délai de prescription. En Ontario, en Alberta, en Colombie-Britannique, en Saskatchewan, en Nouvelle-Écosse et dans la plupart des autres provinces, ce délai est de deux ans à compter de la date de votre dernier paiement ou de votre dernière reconnaissance écrite de la dette. Au Québec, le délai de prescription civil général est de trois ans. Une fois ce délai écoulé, le prêteur perd le droit d’intenter une action en justice, bien que la dette impayée puisse encore nuire à votre cote de crédit pendant plusieurs années encore, jusqu’à ce qu’elle soit radiée de votre dossier.
Une proposition de consommateur permettra-t-elle de mettre fin à une action en justice liée à un prêt sur salaire ?
Oui. Dès qu’un syndic agréé en matière d’insolvabilité dépose une proposition de consommateur en votre nom, un sursis automatique prend effet en vertu de la Loi fédérale sur la faillite et l’insolvabilité. Cela signifie que toute action en justice intentée par un prêteur sur salaire doit être suspendue, et que toute saisie-arrêt en cours doit cesser. Les prêts sur salaire constituent des dettes non garanties et sont généralement effacés, au même titre que les dettes de cartes de crédit et celles d’autres créanciers non garantis, dans le cadre de la proposition.
Et si je n’ai pas les moyens de régler ma dette et que je n’ai pas non plus les moyens de déposer une proposition de règlement ?
Cette situation est plus courante qu’on ne le pense. Si vos revenus sont trop faibles pour vous permettre d’honorer vos paiements et que vous ne disposez d’aucun actif significatif, vous pouvez être considéré comme « à l’abri des poursuites » — ce qui signifie que même si un créancier obtient gain de cause devant les tribunaux, il n’y a concrètement rien qu’il puisse recouvrer. Dans ce cas, un syndic autorisé en insolvabilité peut généralement vous proposer une première consultation gratuite, et de nombreux syndics proposent eux-mêmes des modalités de paiement pour les frais liés à la proposition. Des services gratuits de conseil en matière de crédit sont également disponibles partout au Canada et constituent un bon point de départ si vous ne savez pas par où commencer.

