Si vous avez déposé une demande de mise en faillite mais que vous n’avez jamais obtenu votre libération, vous pouvez toujours être considéré comme un failli non libéré — ce qui entraîne des conséquences réelles. Vos dettes n’ont pas été effacées, vos biens peuvent toujours faire l’objet d’une saisie et votre dossier de crédit continue d’indiquer une faillite en cours. C’est une situation qui touche des milliers de Canadiens et qui peut donner l’impression d’être coincé dans une impasse financière.
La bonne nouvelle, c’est que le statut de failli non libéré n’est pas nécessairement définitif. Il existe des démarches précises que vous pouvez entreprendre pour remédier à cette situation et bénéficier enfin du nouveau départ que la procédure de faillite est censée vous offrir. Dans ce guide, nous vous expliquerons en détail ce que signifie exactement le statut de failli non libéré, quelles sont les restrictions auxquelles vous êtes confronté et comment aller de l’avant.
Qu’est-ce qu’un failli non libéré au Canada ?
Lorsque vous déposez une demande de mise en faillite au Canada, la procédure est régie par la Loi sur la faillite et l’insolvabilité (LFI). Dans des circonstances normales, une personne en faillite pour la première fois qui s’acquitte de toutes ses obligations bénéficie automatiquement d’une libération au bout de 9 mois — ou de 21 mois si des versements au titre du revenu excédentaire sont exigés. Mais si vous n’avez pas rempli vos obligations, cette libération n’a jamais lieu et vous restez en état de faillite non libérée.
Vos obligations dans le cadre d’une procédure de faillite consistent notamment à fournir des relevés mensuels de vos revenus et de vos dépenses à votre syndic agréé en matière d’insolvabilité (LIT), à assister à deux séances obligatoires de conseil en matière de crédit, à verser des paiements sur vos revenus excédentaires si ceux-ci dépassent certains seuils, et à déposer vos déclarations d’impôts pour l’année de la faillite. Si l’une de ces obligations n’est pas remplie, votre syndic ne pourra pas prononcer la libération de vos dettes.
Selon le Bureau du surintendant des faillites du Canada, le non-respect de vos obligations peut être considéré comme une faute, et les créanciers, les syndics ou le Bureau lui-même peuvent s’opposer à votre libération devant les tribunaux. Dans les cas les plus graves, cela peut entraîner des sanctions, notamment des amendes, voire des peines d’emprisonnement.
Avantages liés à la régularisation de votre situation de débiteur non libéré
Risques liés au fait de ne pas être libéré de ses obligations
Qui devrait agir ?
- Vous avez déposé une demande de mise en faillite, mais vous n’avez jamais reçu de certificat de libération
- Vous avez manqué des séances de conseil en matière de crédit ou vous avez cessé de fournir des déclarations de revenus
- Votre demande de crédit a été refusée et vous avez découvert qu’une procédure de faillite était en cours dans votre dossier
- Vous postulez à un nouvel emploi et la vérification de vos antécédents révèle que vous êtes en situation de faillite non levée
- Plusieurs années se sont écoulées depuis que vous avez déposé votre dossier et vous ne savez pas si votre procédure de faillite a bien été menée à son terme
À qui ce guide ne s’adresse-t-il pas ?
- Vous avez reçu votre certificat de mainlevée et votre procédure de faillite est désormais close
- Vous faites actuellement l’objet d’une procédure de faillite et vous respectez toutes vos obligations
- Vous envisagez de déclarer faillite, mais vous n’avez pas encore déposé de dossier — vous pourriez d’abord envisager d’autres solutions, comme une proposition de consommateur
- Vos dettes sont gérables et vous envisagez plutôt un regroupement de dettes
Exemple financier : le coût d’une situation de non-libération
Prenons l’exemple de Sarah, qui s’est déclarée en faillite en 2020 avec une dette non garantie de 42 000 $. Elle a rempli la plupart de ses obligations, mais elle a manqué sa deuxième séance d’accompagnement et a cessé d’envoyer ses déclarations de revenus au bout de six mois. Voici ce que cette inaction lui a coûté :
Dans le cas de Sarah, dépenser entre 500 et 1 500 dollars pour s’acquitter de ses obligations lui permettrait d’effacer plus de 42 000 dollars de dettes. Chaque année où elle attend, la situation ne fait que se compliquer — et tout nouvel actif qu’elle acquiert reste menacé.
Étapes à suivre pour obtenir votre libération
- Veuillez contacter votre syndic de faillite agréé. Votre LIT est le premier organisme que vous devez contacter. Il dispose de votre dossier et pourra vous indiquer précisément quelles obligations restent à remplir. Si vous avez perdu le contact avec votre syndic initial, le Bureau du surintendant des faillites peut vous aider à le retrouver ou à déterminer si votre dossier a été transféré.
- Découvrez le montant des cotisations que vous devez encore. Parmi les obligations courantes à remplir figurent notamment la remise des relevés mensuels de revenus et de dépenses, la fourniture des informations fiscales relatives à l’année de la faillite, la participation à l’une ou aux deux séances de conseil en matière de crédit, ainsi que le versement des excédents de revenus. Votre syndic vous remettra une liste précise.
- Veuillez régler vos dettes en souffrance. Il s’agit ici de la phase pratique : assistez à vos séances d’accompagnement, rassemblez vos justificatifs de revenus, déposez les déclarations d’impôts manquantes et effectuez les paiements requis. La plupart des personnes trouvent que cette étape est plus simple qu’elles ne le pensaient, surtout lorsque leur tuteur les accompagne tout au long du processus.
- Faites une demande de sortie. Si le dossier de votre syndic est toujours en cours, celui-ci peut introduire la demande auprès du tribunal en votre nom. Si le syndic a déjà été déchargé de ses fonctions dans le cadre de ce dossier, vous devrez introduire la demande vous-même — généralement devant un greffier chargé des faillites. La procédure varie légèrement d’une province à l’autre, mais suit le même cadre général prévu par la Loi sur la faillite et l’insolvabilité (LFI).
- Recevez votre certificat de fin de service. Une fois que le tribunal ou votre syndic aura prononcé votre libération, vous recevrez un certificat de libération. Ce document atteste que votre procédure de faillite est terminée et que vos dettes ont été effacées. Equifax et TransUnion mettront à jour votre dossier de crédit, et vous pourrez alors entamer sérieusement votre redressement financier.
Vous ne savez pas où vous en êtes concernant votre faillite ? Nous pouvons vous aider à déterminer la marche à suivre.
Combien de temps peut-on rester en situation de faillite non libérée au Canada ?
Il n’existe pas de délai automatique imposant l’expiration de votre statut de failli non libéré. Techniquement, vous pouvez rester un failli non libéré indéfiniment si vous ne remplissez jamais vos obligations ou ne demandez jamais votre libération. Certains Canadiens sont restés non libérés pendant 10, 20, voire 30 ans sans se rendre compte que la procédure de faillite n’avait jamais été clôturée. La seule façon de régler cette situation est de remplir vos obligations en suspens et d’obtenir une libération officielle de la part du tribunal ou de votre syndic.
Une personne en situation de faillite non libérée peut-elle obtenir un prêt immobilier ou une carte de crédit ?
C’est extrêmement difficile. En vertu de la loi sur la faillite et l’insolvabilité, une personne en situation de faillite non libérée doit divulguer son statut à tout prêteur avant d’obtenir un crédit d’un montant égal ou supérieur à 1 000 $. La plupart des prêteurs traditionnels n’accorderont ni prêt immobilier ni carte de crédit à une personne faisant l’objet d’une procédure de faillite en cours. Certains prêteurs spécialisés dans les crédits à risque peuvent proposer des cartes de crédit garanties, mais les conditions seront défavorables. Obtenir la libération de sa faillite constitue la première étape la plus réaliste pour pouvoir prétendre à un produit de crédit significatif.
Qu’advient-il des biens que j’acquiers alors que ma faillite n’est pas encore levée ?
Tous les biens que vous acquérez après avoir déposé une demande de mise en faillite — y compris les héritages, les gains de loterie, les remboursements d’impôts, les primes ou les biens immobiliers — sont considérés comme des « biens acquis postérieurement » et doivent être déclarés à votre syndic de faillite agréé. Ces biens sont intégrés à votre masse de la faillite et peuvent être saisis pour rembourser vos créanciers. Le fait de ne pas déclarer de nouveaux biens constitue une infraction grave pouvant entraîner des accusations de fraude à la faillite, des retards supplémentaires dans l’octroi de votre libération, voire des sanctions pénales.
Le fait d’être un failli non réhabilité revient-il à être en faillite ?
Oui et non. Techniquement, vous êtes toujours en situation de faillite : toutes les restrictions et obligations légales liées à la faillite s’appliquent à vous. Cependant, vous n’êtes pas en situation de faillite « active » au sens où votre syndic ne gère pas activement votre patrimoine. Vous vous trouvez dans une sorte de situation intermédiaire où la procédure a été engagée mais n’a jamais été menée à son terme. La différence essentielle réside dans le fait qu’une personne ayant obtenu une libération de ses dettes voit ses dettes effacées, tandis qu’une personne n’ayant pas obtenu cette libération reste redevable de l’intégralité de ses dettes.
Puis-je déposer une proposition de consommateur au lieu de mener à bien ma procédure de faillite ?
En règle générale, non. Vous ne pouvez pas déposer une proposition de consommateur tant que vous faites l’objet d’une procédure de faillite en cours et non levée. La faillite doit soit être clôturée (levée), soit annulée avant que vous puissiez envisager une autre solution en matière d’insolvabilité. Dans de rares cas, le tribunal peut annuler une faillite s’il existe des motifs valables de le faire, mais cela est peu courant et nécessite un avis juridique. Dans la plupart des situations, la solution la plus simple consiste à remplir vos obligations en suspens et à obtenir votre libération.

