Peu de choses sont plus stressantes qu’une agence de recouvrement qui menace de prélever directement de l’argent sur votre salaire. Si vous vous demandez si une agence de recouvrement peut procéder à une saisie-arrêt sur votre salaire au Canada, voici la réponse en bref : pas de son propre chef. La saisie-arrêt sur salaire est une procédure judiciaire, et un agent de recouvrement ne peut pas simplement appeler votre employeur et commencer à prélever de l’argent sous prétexte que vous avez une dette.
Cela dit, la saisie sur salaire est une possibilité bien réelle si une dette reste impayée suffisamment longtemps. Ce guide vous explique vos droits, quelle part de vos revenus est réellement menacée, ainsi que les mesures concrètes à prendre pour empêcher une saisie sur salaire avant même qu’elle ne soit mise en œuvre.
Qu’est-ce que la saisie sur salaire ?
La saisie sur salaire est une procédure ordonnée par un tribunal qui oblige votre employeur à verser une partie de votre salaire directement à un créancier jusqu’à ce que la dette soit remboursée. Dès qu’une ordonnance de saisie (souvent appelée « avis de saisie ») est signifiée à votre employeur, celui-ci est légalement tenu de s’y conformer — à moins que vous n’engagiez une action en justice pour modifier ou faire annuler cette ordonnance.
Au Canada, la saisie-arrêt est régie à la fois par le droit fédéral et le droit provincial. Les règles fédérales, telles que le Règlement sur la saisie-arrêt et la saisie conservatoire, s’appliquent aux saisies-arrêts concernant les fonctionnaires fédéraux et les prestations fédérales, tandis que chaque province fixe ses propres règles quant à la part du salaire d’une personne pouvant être saisie et au déroulement de la procédure devant ses tribunaux.
Il est important de distinguer la saisie-arrêt des mesures de recouvrement ordinaires. Les appels téléphoniques, les courriers et les signalements aux agences d’évaluation du crédit constituent des tactiques de recouvrement. La saisie-arrêt relève quant à elle de l’exécution forcée — et celle-ci nécessite presque toujours l’autorisation préalable d’un juge.
Pourquoi une agence de recouvrement doit-elle d’abord obtenir un jugement ?
Une agence de recouvrement agit généralement pour le compte du créancier initial, ou a racheté la créance dans son intégralité. Dans les deux cas, pour les dettes courantes des consommateurs — cartes de crédit, prêts personnels, lignes de crédit, factures de téléphonie mobile —, la procédure visant à saisir votre salaire passe par les tribunaux, dans l’ordre suivant : le créancier doit vous poursuivre en justice, gagner le procès et obtenir un jugement, puis demander une ordonnance de saisie-salaire qui sera signifiée à votre employeur.
Chaque étape prend du temps, engendre des frais pour le créancier et vous permet d’être informé et de réagir. Si une requête vous est signifiée, vous disposez généralement d’un délai court (environ 20 jours dans de nombreuses provinces) pour déposer une défense. Ignorer une action en justice est la plus grande erreur que vous puissiez commettre : cela permet au créancier d’obtenir gain de cause par défaut.
La réglementation provinciale encadre également de manière stricte le comportement des agents de recouvrement. En Ontario, la Loi sur les services de recouvrement et de règlement de dettes (Collection and Debt Settlement Services Act) impose aux agences de s’enregistrer et interdit toute une série de pratiques, notamment le fait de menacer d’intenter une action en justice sans en avoir réellement l’intention. Un agent de recouvrement qui déclare « nous allons procéder à une saisie-arrêt sur votre salaire la semaine prochaine » sans disposer d’un jugement enfreint probablement la réglementation — et vous pouvez le signaler à l’organisme provincial de protection des consommateurs.
Vos droits en vertu de la législation canadienne
Pour les dettes ordinaires, un agent de recouvrement doit intenter une action en justice contre vous, obtenir gain de cause et se voir délivrer une ordonnance de saisie-salaire avant qu’un seul dollar ne puisse être prélevé sur votre salaire.
Chaque province protège une partie du salaire net. L’Ontario exempte au moins 80 % de ce montant pour les dettes ordinaires ; les autres provinces appliquent des formules similaires ou des seuils minimaux.
L’assurance chômage, le Régime de pensions du Canada (RPC), la Pension de vieillesse du Canada (PVC) et les prestations d’aide sociale provinciales ne peuvent généralement pas faire l’objet d’une saisie-arrêt par des créanciers ordinaires.
Dans plusieurs provinces, dont l’Ontario, un créancier dispose généralement d’un délai de deux ans à compter de votre dernier paiement ou de votre dernière reconnaissance écrite pour intenter une action en justice. Passé ce délai, une action en justice peut être rejetée au motif qu’elle est prescrite.
Ce que les créanciers peuvent encore faire
Si la créance est valable et n’est pas prescrite, le créancier peut obtenir un jugement — et la saisie-arrêt devient alors une menace bien réelle.
L’Agence du revenu du Canada peut émettre une injonction de paiement d’une dette fiscale et procéder à une saisie-arrêt sur salaire sans décision de justice — et ses pouvoirs vont plus loin que ceux des créanciers ordinaires.
Un créancier judiciaire peut également procéder à une saisie-arrêt sur les fonds de votre compte bancaire, où les protections sous forme de pourcentage applicables aux salaires ne s’appliquent souvent plus dès lors que l’argent est déposé sur ce compte.
Même en l’absence de saisie-arrêt, une créance en recouvrement pèse sur votre dossier de crédit pendant six ans à compter de la date de défaut de paiement dans la plupart des provinces.
À qui s’adresse l’aide professionnelle en matière d’endettement ?
Il est judicieux de faire appel à un professionnel si :
- Vous avez reçu une requête, un jugement ou un avis de saisie-arrêt
- Vous avez plusieurs dettes en recouvrement et vous n’êtes pas en mesure, de manière réaliste, de les rembourser
- L’administration fiscale menace d’imposer le paiement d’une dette fiscale
- Le stress lié au recouvrement de créances affecte votre santé, votre sommeil ou votre travail
Vous n’aurez peut-être pas besoin d’un allègement officiel de votre endettement si :
- La dette est modeste et vous pouvez la régler ou la rembourser en quelques mois
- La créance est prescrite selon la législation de votre région et vous choisissez de ne pas relancer le délai de prescription
- Vos seuls revenus sont protégés contre la saisie-arrêt (par exemple, l’OAS et le CPP) et vous ne disposez d’aucun bien susceptible d’être saisi
Un exemple concret de saisie-arrêt
Voici comment les chiffres peuvent se présenter pour un salarié de l’Ontario ayant une dette de carte de crédit de 12 000 $ qui a fait l’objet d’un jugement :
Une saisie-arrêt à hauteur de 20 % priverait ce budget de 680 dollars pendant plus d’un an et demi. Un accord à l’amiable, un plan de gestion de la dette ou une proposition de consommateur pourraient permettre de régler cette même dette à des conditions bien plus abordables — souvent avant même qu’une saisie-arrêt ne soit mise en place.
Que faire si vous êtes menacé d’une saisie-arrêt ?
- Vérifiez le montant de la dette. Demandez par écrit à l’agence le nom du créancier, le montant et le détail du compte. Assurez-vous que cette dette est bien la vôtre et que le montant est exact.
- Vérifiez le délai de prescription. Si votre dernier paiement ou votre dernier accusé de réception écrit remonte à plus de deux ans (en Ontario et dans plusieurs autres provinces), il se peut que le créancier ait dépassé le délai pour intenter une action en justice. Attention : un nouveau paiement peut relancer le délai.
- Répondre à toute action en justice. Si vous recevez une requête introductive d’instance, déposez une défense dans les délais impartis. N’ignorez jamais les documents judiciaires ; c’est souvent à la suite de jugements par défaut que les saisies-arrêts sont prononcées.
- Négociez avant le jugement. La plupart des créanciers préfèrent un accord de remboursement réaliste ou un règlement en une seule fois plutôt que les frais et les délais liés à une procédure judiciaire. Veillez à obtenir tout accord par écrit avant d’effectuer tout paiement.
- Envisagez un allègement officiel de votre endettement si celui-ci devient ingérable. Une proposition de consommateur ou un plan de gestion de la dette peut regrouper l’ensemble de vos dettes en un seul versement abordable ; de plus, une proposition de consommateur met légalement fin aux saisies sur salaire en cours pour la plupart des dettes grâce à un sursis aux poursuites.
- Demandez conseil à un professionnel. Un conseiller en crédit à but non lucratif ou un syndic de faillite agréé peut examiner gratuitement votre situation et vous présenter toutes les options qui s’offrent à vous, y compris les alternatives à la faillite.
Prêt à savoir si vous remplissez les conditions requises ?
Une agence de recouvrement peut-elle procéder à une saisie-arrêt sur mon salaire sans m’en informer ?
Non. Pour les dettes de consommation courantes, vous devez d’abord recevoir une assignation en justice et avoir la possibilité de vous défendre. Ce n’est qu’après que le créancier a obtenu un jugement qu’une ordonnance de saisie-arrêt peut être rendue et signifiée à votre employeur. Si un agent de recouvrement prétend qu’une saisie-arrêt est en cours sans aucune procédure judiciaire, demandez-lui des preuves et signalez toute menace trompeuse à l’organisme provincial de protection des consommateurs.
Quelle part de mon salaire peut-elle faire l’objet d’une saisie-arrêt au Canada ?
Cela dépend de votre province. En Ontario, la loi sur les salaires (Wages Act) protège au moins 80 % du salaire net contre les créances ordinaires, ce qui signifie qu’un maximum de 20 % peut faire l’objet d’une saisie-arrêt — bien qu’un tribunal puisse ajuster ce pourcentage en fonction des difficultés financières. D’autres provinces appliquent leurs propres formules, qui consistent souvent en un minimum protégé associé à un plafond en pourcentage. Les ordonnances de pension alimentaire peuvent prélever une part plus importante — généralement jusqu’à 50 % en Ontario.
L’administration fiscale (CRA) peut-elle procéder à une saisie-arrêt sur mon salaire sans décision de justice ?
Oui. L’Agence du revenu du Canada dispose de pouvoirs légaux spéciaux et peut adresser une « injonction de paiement » directement à votre employeur ou à votre banque pour les impôts impayés, sans avoir à vous poursuivre en justice au préalable. Les saisies-arrêts de l’ARC peuvent également dépasser les limites en pourcentage applicables aux créanciers ordinaires. Si vous avez une dette fiscale que vous ne pouvez pas régler, mettez en place un plan de remboursement dès que possible ou consultez un professionnel spécialisé dans le désendettement — la dette fiscale peut être incluse dans une proposition de consommateur.
Les prestations d’assurance-emploi (AE), du Régime de pensions du Canada (RPC) ou de la Pension de la vieillesse (PVS) peuvent-elles faire l’objet d’une saisie-arrêt par une agence de recouvrement ?
En règle générale, non. Les prestations de l’assurance-emploi, du Régime de pensions du Canada, de la Sécurité de la vieillesse et de l’aide sociale provinciale sont protégées contre la saisie-arrêt par les créanciers ordinaires. Deux mises en garde toutefois : l’Agence du revenu du Canada (ARC) peut compenser les prestations fédérales pour rembourser des dettes envers l’État, et une fois que ces prestations ont été versées et mélangées à d’autres fonds, un créancier judiciaire peut être en mesure de procéder à une saisie-arrêt sur le compte bancaire. Le fait de conserver les revenus protégés sur un compte distinct permet de préserver cette protection.
Une proposition de règlement à l’amiable met-elle fin à la saisie sur salaire ?
Oui. Le dépôt d’une proposition de consommateur (ou d’une déclaration de faillite) déclenche un sursis automatique des poursuites en vertu de la loi fédérale intitulée « Loi sur la faillite et l’insolvabilité », ce qui met immédiatement fin à la plupart des saisies sur salaire relatives aux dettes concernées. Les obligations alimentaires constituent la principale exception. Pour de nombreuses personnes confrontées à une saisie-arrêt en cours, une proposition est le moyen légal le plus rapide d’y mettre fin tout en réglant la dette pour un montant inférieur à la somme totale.

