Si un créancier ou une agence de recouvrement vous a contacté par téléphone, vous avez probablement entendu l’expression « saisie sur salaire » utilisée comme une menace. La bonne nouvelle, c’est que pour la plupart des dettes, la saisie sur salaire au Canada ne se fait pas du jour au lendemain. La mauvaise nouvelle, c’est qu’une fois les démarches juridiques engagées, des sommes peuvent commencer à être prélevées sur votre salaire très rapidement — parfois en l’espace d’une seule période de paie.
Ce guide vous présente le déroulement de la procédure de saisie-arrêt sur salaire au Canada en 2026 : comment la procédure est effectivement lancée, combien de temps dure généralement chaque étape, quelle part de votre salaire les créanciers peuvent prélever, et ce que vous pouvez faire à chaque étape pour ralentir la procédure ou y mettre fin.
Pour la plupart des dettes de consommation, un créancier doit vous poursuivre en justice, obtenir un jugement en sa faveur et se voir délivrer une ordonnance de saisie-salaire avant de pouvoir prélever une partie de votre salaire. À compter du jour où il dépose sa plainte, cette procédure prend généralement entre 2 et 6 mois. L’Agence du revenu du Canada (ARC) constitue la principale exception : elle peut procéder à une saisie-arrêt sur salaire sans décision de justice, souvent dans un délai de 90 à 180 jours à compter d’un avis d’imposition impayé.
Qu’est-ce que la saisie sur salaire au Canada ?
La saisie sur salaire est une procédure judiciaire qui permet à un créancier de recouvrer une dette directement auprès de votre employeur plutôt qu’auprès de vous. Une fois la saisie mise en place, votre employeur est légalement tenu de prélever une partie de votre salaire à chaque période de paie et de la verser au tribunal ou au créancier jusqu’à ce que la dette soit intégralement remboursée.
En ce qui concerne les dettes de consommation courantes — cartes de crédit, prêts personnels, lignes de crédit, prêts sur salaire et anciens factures de téléphone ou de services publics —, un créancier ne peut pas simplement appeler votre employeur et commencer à prélever de l’argent. Il doit vous poursuivre devant un tribunal civil, obtenir un jugement confirmant la dette, puis demander au tribunal une ordonnance de saisie-arrêt. L’Agence du revenu du Canada (ARC) est soumise à des règles différentes : en vertu de la Loi de l’impôt sur le revenu, l’ARC peut émettre une « exigence de paiement » directement à l’intention de votre employeur sans passer par un juge.
Les obligations en matière de soutien familial (pension alimentaire pour enfants et pension alimentaire pour conjoint) disposent également de leur propre système d’exécution par le biais des programmes provinciaux d’exécution des pensions alimentaires, et le règlement fédéral relatif aux saisies-arrêts et aux saisies-garanties définit les modalités selon lesquelles les sommes versées aux fonctionnaires fédéraux ou provenant de ceux-ci peuvent être interceptées.
Les avantages du système de saisie-arrêt (oui, il y en a)
La saisie-arrêt est pénible pour la personne visée, mais les règles qui la régissent ne sont pas toutes négatives. Elles visent à garantir aux débiteurs un préavis, le respect des garanties procédurales et un revenu minimum.
Inconvénients et risques pour le débiteur
Qui est le plus susceptible de faire l’objet d’une saisie sur salaire ?
Le risque de saisie-arrêt est plus élevé pour vous si :
- Une créance est en recouvrement depuis plus de 6 à 12 mois et vous n’avez pris aucune disposition à ce sujet.
- Une requête ou une demande du demandeur vous a été signifiée et vous n’y avez pas donné suite.
- Vous devez de l’impôt sur le revenu ou de la TVH qui ont fait l’objet d’une mise en recouvrement officielle, et les lettres de relance n’ont plus d’effet.
- Vous devez verser une pension alimentaire pour vos enfants ou pour votre conjoint et vous avez pris du retard dans vos paiements.
- Vous êtes salarié et percevez un revenu régulier déclaré sur le formulaire T4, ce qui rend la saisie-arrêt peu coûteuse et facile à mettre en œuvre pour le créancier.
Qui est généralement à l’abri d’une saisie-arrêt immédiate ?
Une saisie-arrêt est peu probable ou beaucoup plus difficile à mettre en œuvre si :
- Si vos seuls revenus proviennent de l’aide sociale, de la plupart des prestations d’invalidité ou des prestations de base de l’OAS/GIS, ceux-ci sont en grande partie à l’abri de toute saisie par les créanciers en vertu de la législation provinciale.
- Vous êtes travailleur indépendant et n’avez pas d’employeur unique, ce qui rend la saisie sur salaire impossible (les créanciers peuvent alors se tourner vers vos comptes bancaires).
- La créance est prescrite dans votre province (généralement deux ans en Ontario et en Colombie-Britannique) et le créancier n’a jamais intenté d’action en justice dans les délais impartis.
- Vous avez déjà déposé une proposition de consommateur ou une demande de mise en faillite auprès d’un syndic agréé en matière d’insolvabilité, ce qui suspend la plupart des saisies-arrêts.
Exemple : comment une saisie-arrêt affecte un salaire de 48 000 dollars
Imaginons Sarah, une salariée de l’Ontario qui gagne 48 000 $ par an (environ 3 000 $ nets par mois après impôts et cotisations au RPC et à l’AE). Elle a une dette de 14 500 $ sur une ancienne carte de crédit. Le prêteur intente une action en justice, obtient un jugement par défaut et se voit accorder une ordonnance de saisie-arrêt au taux maximal de 20 % en vigueur en Ontario.
Chiffres approximatifs, hors intérêts postérieurs au jugement. Ces chiffres sont donnés à titre indicatif uniquement et dépendent de votre province, de votre situation familiale et du contenu du jugement.
L’intérêt de cet exemple ne réside pas dans les montants exacts en dollars, mais bien dans le compromis. La saisie-arrêt grignote votre salaire tant que la dette subsiste. Une solution officielle, telle qu’une proposition de consommateur ou une faillite, fixe généralement un montant mensuel moins élevé et prévisible, et met fin à la saisie-arrêt dès le dépôt de la demande.
Le déroulement de la saisie sur salaire au Canada, étape par étape
Pour une dette non garantie classique, voici le déroulement des événements, depuis le premier défaut de paiement jusqu’au prélèvement sur votre chèque. Les délais varient selon les provinces et les créanciers, mais il s’agit là d’une moyenne réaliste.
- Retards de paiement et recouvrement interne (1 à 6 mois). Le prêteur initial vous contacte par téléphone, par e-mail et par courrier. Les frais de retard et les intérêts majorés s’accumulent. Aucune action en justice n’a encore été engagée.
- Compte confié à une agence de recouvrement (après 3 à 9 mois). Le prêteur fait soit appel à une agence de recouvrement tierce, soit cède la créance. Les appels de recouvrement se multiplient, mais l’agence ne peut toujours pas saisir votre salaire sans décision de justice.
- Dépôt de la requête devant le tribunal (entre 6 et 18 mois après le début de la procédure). Si la dette est suffisamment importante et qu’elle n’a pas dépassé le délai de prescription provincial, le créancier vous poursuit devant la juridiction des petites créances ou la Cour supérieure. La requête vous est signifiée et vous disposez d’un délai (souvent de 20 à 30 jours) pour déposer une défense.
- Jugement par défaut ou jugement rendu à l’issue d’un procès (quelques semaines à quelques mois plus tard). Si vous ne répondez pas, le créancier obtient automatiquement gain de cause. Si vous contestez la créance, le tribunal se prononcera à terme sur la question de savoir si vous devez cette somme.
- Le créancier obtient une ordonnance de saisie-arrêt (2 à 6 semaines après le jugement). Une fois le jugement rendu, le créancier dépose une demande de saisie-arrêt sur votre salaire. Le tribunal délivre alors un avis de saisie-arrêt.
- Notification adressée à votre employeur (avec effet immédiat). La saisie-arrêt est transmise à votre service de paie. Votre employeur est désormais légalement tenu de procéder à la retenue.
- La retenue sur salaire commence (au cours des 1 à 2 prochaines périodes de paie). Chaque chèque est réduit à hauteur du plafond provincial, puis transmis au tribunal, qui le transfère à son tour au créancier. Ce processus se poursuit jusqu’à ce que le montant du jugement, majoré des intérêts et des frais, soit intégralement réglé.
- Dette remboursée ou éteinte en raison d’une insolvabilité. La saisie-arrêt prend fin lorsque le jugement a été exécuté, lorsque le créancier y renonce, ou lorsque vous déposez une proposition de consommateur ou une demande de mise en faillite et que le sursis automatique entre en vigueur.
En ce qui concerne les dettes fiscales envers l’ARC, les délais sont plus courts. L’ARC peut adresser une injonction de paiement directement à votre employeur dès lors que ses mesures de recouvrement internes ont échoué, sans intervention d’un juge. Si vous avez des arriérés d’impôts et que vous avez ignoré les courriers de l’ARC, renseignez-vous sans tarder sur les solutions d’aide en matière de dette fiscale.
Montants maximaux pouvant faire l’objet d’une saisie-arrêt
Ce sont les lois provinciales qui fixent la plupart des plafonds, et ceux-ci sont calculés sur la base de votre salaire net (brut au Québec). Voici les grandes lignes :
Que faire à chaque étape ?
Plus vous agissez tôt, plus vous disposez d’options. Une fois le jugement enregistré, votre pouvoir de négociation diminue considérablement.
- Avant d’en arriver à une action en justice : appelez le créancier et essayez de négocier, ou renseignez-vous sur les services de conseil en crédit et sur un plan de gestion de la dette.
- Une fois la signification reçue : déposez un mémoire en défense si vous en avez un (par exemple, montant erroné, prescription), ou profitez de ce délai pour consolider votre situation ou déposer une proposition.
- Après le jugement mais avant la saisie-arrêt : un prêt de regroupement de dettes ou une proposition formelle peut permettre de régler ou de remplacer le montant du jugement avant que votre employeur ne soit mis en cause.
- Une fois la saisie-arrêt engagée : le dépôt d’une proposition de consommateur ou d’une demande de mise en faillite auprès d’un syndic agréé en matière d’insolvabilité déclenche un sursis automatique qui met rapidement fin à la plupart des saisies-arrêts.
- Si vous avez perdu votre emploi : consultez la rubrique « Gestion de l’endettement après une perte d’emploi » pour découvrir les mesures à prendre afin d’éviter que la situation ne s’aggrave.
Pour la plupart des Canadiens, la saisie sur salaire marque la fin d’un long processus, et non son début. Il s’écoule généralement plusieurs mois entre le premier défaut de paiement et le moment où l’argent est effectivement prélevé sur votre salaire, et il existe plusieurs étapes juridiques au cours desquelles vous pouvez suspendre ou mettre fin à la procédure. Les créances de l’ARC évoluent plus rapidement et sont assorties de moins de garanties ; elles doivent donc figurer en tête de votre liste de priorités. Si une action en justice a déjà été intentée, ne partez pas du principe que la saisie sur salaire est inévitable : obtenir les conseils d’un syndic autorisé en insolvabilité est généralement gratuit et peut vous offrir une issue avant même que votre employeur ne reçoive un avis.
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